NAME DIFFUSION

Dissemination 11 rue d’Orléans, 64000 PAU

NAME DIFFUSION

L’intervention de Name Diffusion se situe dans la continuité de l’installation Accumulation T réalisée pour l’exposition “Le Trame di Penelope” à la GAM de Gallarate. Pour réaliser Accumulation T, les organisateurs ont contacté les plus importantes entreprises productrices de tissu du Nord de la Lombardie, et ont constitué une montagne de tissus avec des restes de production où n’importe qui peut entrer, s’asseoir, se déguiser, emporter son échantillon préféré. Dissémination T continue l’intervention en proposant l’installation de photos et d’une vidéo concernant Accumulation T, et en disposant dans les espaces de la maison de petits fragments pris à Accumulation T qui relient l’expérience de la maison privée à celle de la prospective d’un art qui n’est pas fait par des objets lointains mais par des relations vives et quotidiennes. www.namediffusion.net

FORME DE LA RENCONTRE, DANS L’OEUVRE DE NAME DIFFUSION

par Alessandro Castiglioni

« Les spécialistes de l’art ont tendance à concentrer leur propre intérêt sur les oeuvres, pour l’étendre par après aux conditions qui les caractérisent : production, distribution et enfin réception. Pour tracer plus clairement la spécificité de l’approche sociologue, nous procéderons au contraire, en commençant par la réception – moment – disons ainsi, de la « mise au monde » de l’activité artistique – pour en finir aux oeuvres1 »

Ce texte naît d’un contrat et d’une amitié. Il naît après trois mois vécu en rapport très proche avec Accumulation T, Une forme de la rencontre, installation réalisée du collectif Name Diffusion à la GAM de Gallarate, à l’occasion de l’exposition « Le Trame di Penelope »2.

Je voudrais penser à cette réflexion, non comme texte critique concernant l’œuvre des artistes, mais comme une partie du travail, une sorte de prolongation, de continuité d’un travail idéalisé et vécu ensemble.

Le regard. Le dispositif.

Il y a quelque chose d’impitoyable dans l’histoire du réalisme qui se développe entre l’affirmation d’une propre esthétique, les mouvements insurrectionnels en 1848, les évènements historique-politiques liés à Courbet, la naissance de la photo et du cinéma. Tous ces faits, entre autre ont eu lieu à Paris, ville où à partir de la seconde moitié des années ’90, le collectif Name Diffusion agit. Je ne veux pas tracer ici l’histoire du réalisme3, ou insinuer à une sorte de genus loci (théorie qui, elle aussi, est née à Paris), mais comprendre comment un regard enquêteur de ce collectif artistique enfoncent ses racines dans un chapitre fondamental de l’histoire de l’art, précisément celui du réalisme. En fait, si d’un coté nous avons toujours admiré un art fait d’équilibre, d’harmonie, de projection, d’idéalisation et de rêve il y a toujours eu un autre art qui s’est nourri de quotidienneté, qui analyse, sous un regard désenchanté et presque impitoyable, le monde des choses.

Dans la projection et dans la vie des installations de Name Diffusion il existe vraiment cette attention au quotidien, leurs interventions surprennent pour comme elles montrent une réalité effective qui relie directement l’art à la vie de tous les jours, non seulement à travers des métaphores ou des actions symboliques, mais surtout à travers des dynamismes extrêmement concrets.

J’ai vu ça les premiers jours d’ouverture de l’exposition. Accumulation T, une forme de la rencontre est une oeuvre qui déclenche et ainsi examine le comportement des personnes en face d’une réalité, d’un environnement en particulier, inattendu et déplacé vers lequel on a la possibilité de relation complètement libre et spontanée. L’installation impose envers le spectateur-utilisateur-acteur, un horizon complètement ouvert. Il se trouve en face d’un espace, en face d’une tout aussi grande qu’inattendue masse de tissus, de morceaux, d’échantillons, de restes de production industrielle, où il ne « faut » rien faire, seulement entrer, s’asseoir, et bouger librement. On peut même emporter chez soi le morceau de tissu qu’on préfère.

En observant ainsi notre public, dans cette pluralité de prospectives, j’ai remarqué vraiment le déploiement de différents mouvements: des groupes d’amis, d’hippies ressuscités, qui s’assoient en rond et discutent aimablement allongés dans les tissus, mais aussi des personnes qui se disputent violemment pour prendre, cacher, voler emporter le plus grand nombre de morceaux de tissu possible. Enfin j’ai vu les personnes passer de la fraternité au vol en passant par toutes les phases possibles du comportement humain, j’ai du même prévoir un plan adjoint, pendant ces jours-là, pour la garde des sales du musée car l’installation provoquait une sorte de kleptomanie générale même dans les autres espaces de la GAM et tout le monde voulait emporter à la maison les morceaux des différentes installations, sans se demander si c’était ou non licite.

Ce n’était pas important si tout était ou non prévu, le système était activé et Accumulation T pouvait tout contenir. Name Diffusion avait élaboré un dispositif de relation effective, pas symbolique, et comme tel aux effets incontrôlables. L’artiste perd ainsi, volontairement, le pouvoir décisionnel de son travail et devient spectateur pendant qu’il dévoile des mécanismes extremement intéressants. Je crois que, dans ce sens-là, le regard de Marion Baruch4 est le même que celui de Courbet ou de Balzac.

Désir de peau

En outre ces tissus racontent beaucoup et de très près. Ils racontent le territoire où l’œuvre est née (Accumulation T est donc une oeuvre doublement site specific, premièrement vu son unique préparation dans les espaces du musée et deuxièmement car elle a été réalisée avec des restes de production donnés par les industries du territoire où l’œuvre a été conçue).

Mais ils racontent aussi notre individualité, une partie de notre identité culturelle qui s’exprime, d’une certaine façon à partir du moment que nous choisissons le morceau de tissu que nous désirons emporter à la maison. Mais ils nous racontent aussi ce qu’on vient de vivre, nos relations d’amusement, de surprise, d’étonnement, quand tout à coup nous nous trouvons en face de cet océan de tissus, et nous avons la possibilité d’entrer, d’enlever les chaussures, de nous allonger, de nous rouler mais aussi de nous isoler dans un coin et regarder simplement ce qui se passe.

Pendant que nous préparions l’installation, Marion Baruch qui coupait le tissu et faisait des piles dans la salle du musée, me révéla le nom secret de l’installation, nom dévoilé pendant une performance5. Désir de mer, desir de peau. C’est-à-dire le désir d’un contact et d’une relation. A vrai dire l’œuvre que nous avons réalisé n’est pas la montagne de tissus où vous vous trouvez mais c’est l’ensemble de liens, d’actions, de réactions et relations que cet espace génère, amorce, construit.

Comme dans d’autres projets de Name Diffusion6 et comme Francesca Alfano Miglietti souligne, durant une rencontre qui s’est tenue avec les artistes dans l’installation même7, l’œuvre ne consiste pas en objets crées, construits, transportés, mais elle se deconcrétise, elle est invisible et malgré cela extrêmement palpable tout comme une relation vive et physique.

L’idée de produire un art invisible, fait de désirs et de relations, dans une prospective horizontale, où l’artiste et le public forment un seul être (c’est-à-dire ce nœud dynamique, affectif, cette forme de rencontre), c’est la vraie oeuvre de Name Diffusion, le vrai point d’arrivée, (qui par après sera un point de départ, comme dirait Marion) de la recherche artistique du collectif.

Que reste-t-il – Accumulation Temps

Beaucoup de personnes se sont posés cette question, en particulier je me rappelle une dame qui était présente toute la journée tous les week-end pendant les trois mois de l’exposition depuis l’inauguration de « Le Trame di Penelope ».

Quelqu’un s’est même demandé pourquoi un lieu de rencontre et de relation et de liberté créative totale comme celui-ci ne pouvait pas trouver un emplacement permanent.

Mais entre les choses qui doivent rester de ce travail, les tissus, selon moi, ne sont pas un détail si important, comme on dirait au premier coup d’œil.

L’inexorable vidange8 que l’installation, inévitablement rencontre, souligné aussi par une vente aux enchères fictive, que le dernier jour de l’exposition consacrera comme la fin définitive de Accumulation T, a une valeur profonde sous deux points de vue. D’un coté cette vidange souligne comment la vraie matière qui forme cette oeuvre, est invisible et de toute façon pas réductive à un objet ; de l’autre coté, conceptuellement, elle transforme l’Accumulation T en une espèce de Dissémination T, en amplifiant une certaine idée artistique diffusée, qui est à la base des projets de Marion Baruch depuis les années ’90.

Donc en nous demandant encore ce qu’il reste, à part les performances, les rencontres, les textes, les oeuvres9, filles de ce grand ventre, chaud de fantaisie, et à part la documentation fondamentale, peut-être, selon moi, ce qui reste plus que tout, ce n’est pas un objet pour les collections du musée, mais comme suggère le titre, une accumulation de tissus, de textes, de trésors, de tact, de températures…de Temps.

Oui, de temps. Si nous essayons de regarder cette intervention comme ça, comme une expérience que notre quotidienneté frénétique et fragmentée nous donne l’occasion de nous asseoir, nous arrêter, trouver le temps ; nous découvrirons comment l’art, vu d’ici, est un dialogue, un processus dynamique, une relation.

Traduction de Emma Verduci

1 N. Heinrich, La sociologie de l’art, La Découverte, Paris, 2002. Nathalie Heinich est sociologue auprès du Cnsr de Paris

2 “Le Trame di Penelope. Enrica Borghi, Alice Cattaneo e Name Diffusion. Opere e workshop”. Du 10 novembre 2007 au 10 février 2008. GAM – Civica Galleria d’Arte Moderna di Gallarate.

3 Rif. bien sur au célèbre essai de Linda Nochlin, Il realismo nella pittura europea del XIX secolo, en Italie edité da Einaudi, 1989

4 Fondatrice du collectif Name Diffusion. Les autres membres du groupe sont Myriam Rambach et Arben Iljazi

5 dimanche 13 janvier 2008, toujours à la GAM de Gallarate

6 sur tout le projet Jeu du Tapis Volant, rif. cat. XV Biennale de Paris ; et aussi Bibliomail Editions CQFD, Montreuil, 2004

7 Vendredi 17 janvier 2008

8 dimanche 10 février 2008

9 en référence à ceci il vaut la peine rappeler le catalogue, le plan de rencontres complexe qui ont activé l’exposition et les interventions de différents critiques d’art dont, déjà nommée FAM, Philippe Daverio, Luciano Inga Pin, Francesca Pasini, l’intervention d’artistes entre autre Giovanna Di Costa et Elisa Bollazzi

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